01
mars
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Dans le cadre du projet ConnectIO, retenu par l’Agence Nationale de la Recherche, Guillaume Chevereau, enseignant en physique à l’INSA Strasbourg, a réalisé le premier MOOC grand public de l’école, accessible sur la plateforme OpenClassroom. Une expérience qu’il partage avec nous.

« Si vous voulez que spectre, convolution, ou corrélation ne soient plus des mots inquiétants, n’hésitez pas et rejoignez-moi dans ce cours de traitement du signal » invite-t-il dans la vidéo d’amorce de son MOOC. Très à l’aise, dans une déco scandinave, il vulgarise un thème habituellement peu apprécié des élèves, le traitement du signal. C’est réussi, il donne envie d’en savoir plus sur les signaux.

Pouvez-vous nous raconter l’origine de ce MOOC ? Comment est-il né ?

Il s’inscrit dans le projet ConnectIO du groupe INSA, retenu et financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Il consiste en la production d’une trentaine de MOOC grand public, hébergés sur la plateforme OpenClassrooms, sur le thème des objets connectés. Je me suis proposé pour réaliser celui sur le traitement du signal.

J’ai construit le scénario en février-mars 2017 et je l’ai produit de mai à juillet 2017.

Ce cours en ligne comprend une vingtaine d’heures de contenu, et au moins autant de travail personnel de l’apprenant.

A qui s’adresse-t-il ?

A des apprenants de niveau Licence 3, en formation initiale ou continue.

Le public étranger, notamment en Afrique francophone, est le plus demandeur. Moins en France, car l’offre universitaire est très diversifiée.

Il existe une forte compétition pour les contenus en ligne anglophones, elle est moindre en langue française.

Comment l’avez-vous réalisé ? Comment vous y êtes-vous pris ?

La phase de scénarisation n’est pas le plus difficile. C’est une ébauche du contenu. Au final, le scénario initial est relativement éloigné du résultat final car je me suis rendu compte de nombreuses contraintes pendant la production. Tout ce que j’avais prévu n’était pas réalisable, notamment les animations. Produire une vidéo de qualité est difficile, j’ai dû en réduire le nombre.

Inversement, des éléments se sont révélés plus faciles à réaliser que prévu, par exemple, les tutoriels de code.

Le décor est très soigné, une déco scandinave, moderne, comme si l’on était chez soi…

Effectivement. J’ai choisi de tourner toutes les vidéos face caméra dans les studios d’OpenClassrooms à Paris. L’environnement, le grain, la qualité sonore, le décor, tous ces détails sont importants et donnent un rendu professionnel. Un ingénieur du son et un cadreur étaient présents. Il n’y a pas de prompteur, pour que le ton et l’élocution restent naturels.

C’est un gros travail de vulgarisation car le public n’est pas le même, ce n’est pas la même communication qu’un cours classique. Il est nécessaire de séduire l’auditoire car l’apprenant peut partir à tout moment, ce n’est pas un public captif comme dans un amphithéâtre. C’est pour cette raison que les vidéos sont courtes, moins de 5 min. L’enjeu est de créer des contenus suffisamment interactifs. Malgré cela, le taux de rétention est très faible : seules 10% environ des personnes qui commencent un MOOC vont à son terme.

Cette expérience vous a-t-elle plu ?

Oui, beaucoup. C’est une démarche différente d’un cours classique : ne pas viser l’exhaustivité, mais présenter les grandes lignes du thème à un public plus large.

Cette expérience n’a pas fondamentalement changé ma façon d’enseigner en classe car la vidéo et le présentiel sont deux situations de communication vraiment différentes. Mais je réutilise ces contenus avec mes étudiants. C’est une ressource pédagogique supplémentaire.

A ce propos, n’importe quel enseignant peut les utiliser en cours car tous les contenus sont publiés sous licence libre : quiconque peut les reprendre, pour un usage non commercial, en citant l’auteur.

Faut-il être comédien pour faire un MOOC ?

Non, je ne crois pas, on s’habitue à la caméra et les séquences face camera sont très courtes, ce n’est pas l’essentiel du contenu. On peut même engager quelqu’un pour les tourner.

Avez-vous un conseil pour ceux qui aimeraient se lancer ?

Réserver du temps, car c’est assez chronophage. Et se lancer. C’est moins difficile qu’il n’y paraît, mais ça demande du temps.

Avez-vous d’autres projets de MOOC ?

Pas pour l’instant, car je manque de temps justement, mais j’en referai sans doute un l’année prochaine. Deux collègues de l’INSA Strasbourg sont en train d’en réaliser un autre, toujours dans le cadre de ConnectIO.

Pour suivre le cours : https://openclassrooms.com/courses/analysez-les-signaux-1d

Propos recueillis par Stéphanie Robert